ne parlait que de cela pendant que nous étions dans l'attente de résultats, personne ne trouvait, il a fallu transférer Christian à Paris effectuer myélogramme (prélèvement de moelle osseuse que l'on fait
au niveau du sternum pour l'analyser. Le soir le résultat tombait : RECHUTE plus forte (cellules leucémiques ayant muté et totalement envahi la moelle). Les cellules avaient résistées à la chimiothérapie A.
De retour à Bondy avec son père, Christian a très mal pris cette nouvelle et il a fallut pas moins de 5 personnes pour le retenir lorsqu'il a voulu arracher son cathéter de sa poitrine, les infirmières lui ont administré un puissant calmant. Le lendemain, il était retransféré à Paris.
Nous avons vu son médecin qui nous a renseigné sur le prochain traitement à suivre, et qui serait sans doute plus fort. Nous avons rejoints Christian, il fallait à nouveau se battre, arrêter de travailler pour être près de lui. Pour la première fois je restais calme, mon mari sombrait petit à petit dans la dépression. Il ne croyait plus à une rémission. J'étais seule à bord du navire, et j'étais apte à tenir fermement le gouvernail. Christian était prêt pour une nouvelle lutte acharnée. Il occupait ses journées à pianoter sur son PC, et à visionner des vidéos. De mon côté, j 'essayais de faire le point
mon fils me donnait une belle leçon de courage, j'avais la phobie de rouler en voiture dans Paris, il fallait que je la surmonte impérativement, pour lui ! Je ne voulais pas le décevoir. Sa maladie m'a anéantie mais quelque part, elle m'a donné une force indescriptible, j'ai mûri en quelques mois.
Christian a enfin eu la permission de rentrer au domicile familial, une semaine pour se préparer à cette nouvelle chimiothérapie. Mon mari ne sortait pas de sa dépression, de plus il refusait de se soigner. Mon fils lui a d'ailleurs fait un chantage en lui disant la veille de son retour à l'hôpital « j'en ai marre, si tu ne te soignes pas, je cesse les chimios. ! » J'ai ressentis beaucoup de fierté en entendant cela, et je me disais que mon fils était fort pour penser à la santé de son père, alors que lui-même était gravement malade . Pour moi ce fût une merveilleuse preuve d'amour. Nous
avons repris tous les 3 à contrecoeur le chemin de l'hôpital, la chimio se déroula normalement, il ne restait plus qu'à attendre une quinzaine de jours, pour voir si elle avait été efficace. Le jour fatal est arrivé (je dis fatal car c'est moi qui était présente pour la mauvaise nouvelle), le médecin m'a convoquée dans son bureau pour me déclarer que les résultats n'étaient pas ceux escomptés, la chimio n'avait pas été efficace du tout, c'était même pire car les cellules malades se trouvaient partout. Je continuais à l'écouter avec un calme incroyable, jusqu'à ce qu'il parle de l'ultime traitement, à ce moment des mots synonymes de mort ont résonnés dans ma tête. Il fallait tenter le tout pour le tout. C'était pénible de savoir que le dernier traitement se ferait en chambre stérile, que Christian serait sous une bulle plastique, ses défenses immunitaires seraient entièrement détruites par chimio, que le médecin se plaisait à appeler MISSILE DE LA DERNIERE CHANCE
ces termes étaient très clairs pour moi. Ce traitement devait
durer 40 jours, il faudrait pour approcher Christian (visites limitées à 2 personnes), nous vêtir de
blouses, masques et gants pour éviter la propagation des microbes.
Il fallait l'annoncer à mon fils et à son père, j'avais peur de leur réaction. Comment allaient ils prendre cette nouvelle ? J'angoissais à l'idée de leur apprendre. Christian a avalé cela comme une sentence, il s'est mis à hurler qu'il ne voulait plus continuer. Il lui fallait du temps pour digérer, et surtout le faire changer d'avis d'une manière ou d'une autre. Je refusais qu'il abandonne, il ne devait pas baisser les bras, s'il il y avait encore une chose à tenter pour le sauver, il fallait risquer le tout pour le tout !
Je lui proposais le marché suivant : « ON FAIT LE TRAITEMENT et si il n'y a aucun résultat au bout de 20 jours, tu seras en droit d'abandonner et de rentrer à la maison, où plus personne ne t'embêtera ! ». Christian s'y résigna à ma grande joie !
Tout le service s'est mis à redoubler de gentillesse avec Christian, afin de le préparer à son transfert en milieu stérile. Tout s'est passé en douceur. Nous avons repris nos habitudes et retrouvés de nouveaux repères. Une nouvelle lutte commençait. Il fallait à présent s'armer de courage et de patience.



